Le pari d’Olivier Goureau : rendre la vue à ceux qui la perdent

Catégories : Déficience visuelle
Vers une réparation de la rétine grâce aux cellules souches

Pourra-t-on, dans quelques années, réparer la rétine endommagée et redonner de l’espoir aux personnes atteintes de maladies de la vision ? Pour Olivier Goureau, chercheur à l’Institut de la Vision à Paris, cette perspective n’est plus de la science-fiction. Selon lui, cette avancée pourrait devenir une réalité « dans une dizaine d’années ».

Depuis plus de vingt ans, le scientifique consacre ses recherches à ce défi, aux côtés de son équipe et de celle de Christelle Monville, chercheuse à l’Institut des cellules souches (I-Stem) situé à Corbeil-Essonnes. Leur objectif : développer de minuscules « patchs » composés de cellules saines issues de cellules souches, capables de réparer certaines zones de la rétine endommagées par des maladies comme la rétinopathie pigmentaire ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Cette dernière touche déjà plus d’un million et demi de personnes en France.

Le parcours d’Olivier Goureau l’a naturellement conduit vers l’étude de l’œil. Originaire de Bourgogne, il s’est d’abord spécialisé dans la biologie lors de sa thèse soutenue à la faculté d’Orsay (aujourd’hui intégrée à l’Université Paris-Saclay) en 1991.

Initialement, ses travaux portaient sur le système nerveux central. Mais il s’est rapidement passionné pour la rétine, qu’il décrit comme un système extraordinairement complexe, riche en interactions cellulaires et neuronales.

Au début des années 2000, après une expérience à l’Université de Californie à Los Angeles, il rejoint l’Inserm en tant que directeur de recherche. C’est à cette période qu’il rencontre l’ophtalmologiste José-Alain Sahel, figure majeure du domaine. Ensemble, ils participent à la création d’un centre entièrement consacré à la recherche sur la vision.

Fondé en 2008, l’Institut de la Vision est aujourd’hui reconnu comme l’un des centres de recherche en ophtalmologie les plus avancés au monde.

Précieuses cellules pluripotentes

À la tête de l’équipe « Développement et régénération de la rétine », Olivier Goureau étudie plusieurs questions essentielles :

  • comprendre le comportement des cellules rétiniennes malades,

  • analyser leur réaction aux traitements,

  • et développer de nouvelles cellules capables de remplacer celles qui sont détruites.

Pour cela, les chercheurs utilisent des cellules souches pluripotentes. Ces cellules particulières ont la capacité de se transformer en presque n’importe quel type de cellule du corps humain, y compris des cellules de la rétine.

À l’origine, ces cellules existent naturellement dans l’embryon. Mais une avancée scientifique majeure a permis de créer ce type de cellules à partir de simples cellules adultes. En reprogrammant ces cellules pour les ramener à un état immature, les scientifiques peuvent ensuite les orienter vers le type cellulaire souhaité.

Cette découverte, réalisée par le chercheur japonais Shinya Yamanaka et récompensée par le prix Nobel de médecine en 2012, a profondément changé le champ de la médecine régénérative. Elle permet aujourd’hui de produire en laboratoire de grandes quantités de cellules rétiniennes.

Des patchs pour réparer la rétine 

Dans certaines maladies oculaires, différentes cellules de la rétine peuvent être détruites.

Par exemple, les patients peuvent perdre les cellules de l’épithélium pigmentaire, une couche essentielle située à l’extérieur de la rétine. D’autres pathologies affectent directement les photorécepteurs, ces neurones spécialisés qui captent la lumière et permettent la vision.

Dans les deux cas, la conséquence peut être une perte progressive et irréversible de la vue.

Pour répondre à ce problème, les équipes de recherche ont développé un minuscule « patch » composé de cellules épithéliales rétiniennes dérivées de cellules souches. Ce dispositif mesure environ 1 millimètre sur 3 millimètres et est implanté directement dans la rétine afin de remplacer les cellules défaillantes.

Des essais cliniques déjà en cours

Avant d’être testé sur l’être humain, ce dispositif a été étudié sur des modèles animaux, notamment chez des rongeurs et des primates, afin d’en vérifier la sécurité et l’efficacité.

En 2019, un premier essai clinique a été lancé chez l’homme. Une dizaine de patients ayant déjà perdu la vue ont été implantés afin de vérifier l’innocuité du traitement.

La prochaine étape consiste à évaluer si cette technique peut améliorer la vision chez des patients dont la maladie est moins avancée.

Parallèlement, les chercheurs travaillent également sur une autre approche : la transplantation de photorécepteurs. Cette piste est plus complexe, car ces cellules sont des neurones. Les scientifiques savent aujourd’hui les produire et les greffer, mais leur intégration fonctionnelle dans la rétine reste un défi.

Une avancée qui pourrait transformer la médecine oculaire 

Malgré ces défis, l’enthousiasme des chercheurs reste intact. De nombreuses équipes à travers le monde travaillent sur des approches similaires, et plusieurs essais cliniques sont déjà en cours.

Si ces techniques sont validées, elles pourraient ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour de nombreuses maladies de la rétine, qu’elles soient rares, génétiques ou liées au vieillissement. La DMLA, par exemple, concerne plus de 20 % des personnes âgées de plus de 75 ans.

Pour Olivier Goureau, cette mission dépasse le simple cadre professionnel. Même en dehors du laboratoire, la recherche continue de nourrir sa curiosité. Son passe-temps favori ? La cuisine. Une activité qu’il compare volontiers à son métier : réfléchir, préparer, expérimenter… et espérer réussir la recette.

Partager ce contenu

Articles en relation